Idée Sortie

Musée du quai Branly - Jacques Chirac : l'expo des 20 ans
24 sept. 2019 - 26 janv. 2020


Héritier de collections anciennes, le musée du Quai Branly a ouvert en 2006. Un patient travail d'acquisition avait commencé bien avant. Pour marquer son anniversaire, le musée entrouvre aujourd'hui ses coulisses pour expliquer comment il s'est « fabriqué ». A voir, une sélection de cinq cents objets et documents phares puisés parmi les 77 082 acquisitions depuis 1998. Qu'il s'agisse de pièces textiles ayant appartenu à Matisse, de la bibliothèque de travail de Claude Lévi-Strauss, d'œuvres hybrides où se mélangent les cultures, ou encore de pièces contemporaines…, chaque chapitre de l'exposition témoigne d'une aventure artistique ou humaine. Un récit complexe et passionnant.



Constituée du 16ème siècle à nos jours, la collection s’inscrit dans la durée. Images d’expéditions, objets de collections d’artistes (Apollinaire, Lévi-Strauss, Matisse entre autres), photographies, peintures… ces œuvres uniques par leur style tellement neuf, leur rareté ou leur ancienneté, ont enrichi le patrimoine mondial.

L’enjeu de l’exposition est de permettre de comprendre le montage des collections nationales. Pour la première fois, elle explique les pourquoi d’une politique d’acquisition. Les quelques 500 œuvres exposés emmènent ainsi le visiteur dans les coulisses du musée, permettant de comprendre ce qui a présidé au choix, comment elles sont répertoriées, classées, remises en forme, conservées du mieux possible par les nombreux techniciens du musée afin qu’elles nous émerveillent pour très longtemps encore.


Cette statuette mexicaine de la culture Chupicuaro est l'une des premières œuvres acquises par le musée du Quai Branly en 1998. Provenant probablement d'une sépulture, cette statuette féminine est ornée de peintures corporelles. Sur le torse, les losanges marquent les quatre points qui relient toute surface aux strates célestes et souterraines de l'univers. Sur le visage, les quinconces soulignent les yeux et la bouche, ouvertures du corps vers l'extérieur. La féminité et la fécondité sont soulignées par les motifs peints sur le bassin et le haut des jambes.

Les acquisitions s’effectuent selon quatre modalités : les dons, les legs par acte notarié, les achats auprès de particuliers et lors de ventes publiques, le dépôt d’œuvres appartenant à des particuliers (qui ne se pratique plus) lequel s’effectue encore maintenant entre musées. La France a ratifié en 1997 la Convention de l’Unesco de 1970. Cette convention contraint les musées à “enquêter” sur les œuvres qu’ils acquièrent et à suivre leur traçabilité et les conditions dans lesquelles elles ont été collectées.

Parmi les œuvres:
On s’arrêtera sur la riche collection de Plumes américaines. Roberta Rivin-Schuldenfrei (1937-2012) a collecté 331 parures de plumes auprès de trente groupes ethniques d’Amazonie (Brésil, Équateur, Venezuela). Ces ornements étaient des marqueurs sociaux.



La collection acquise de Roberta Rivin-Schuldenfrei (1937-2012) comprend 331 parures de plumes de près de 30 groupes ethniques de l'Amazonie, aussi bien des coiffes que d'autres éléments de parure (labret, ornement de nez et de bras, colliers). Cette couronne radiale de la culture Rikbaktsa a été collectée entre 1960 et 1972 en Amazonie, à Mato Grosso au Brésil.

Étonnante également sont les spatules vomitives. Utilisées par les chamanes amérindiens des Grandes Antilles pour se faire vomir et se purifier lors des rituels de contact avec les esprits.

Les étoffes, les textiles sont des livres ouverts sur les sociétés dont elles sont issues. Malgré le faible engouement du public français pour ces dernières, l’acquisition s’est poursuivie particulièrement avec l’Afrique du Nord, le Proche-Orient et l’Asie.

La collection d’art contemporain :
Dans le contexte du “dialogue des cultures ” que promeut le musée, l’exposition Tatoueurs, tatoués en 2014-2015, a ainsi permis de mettre en avant la richesse artistique du tatouage à l’échelle mondiale où l’on a (redécouvert) les tatouages polynésiens ou japonais, vus comme des tableaux vivants magnifiques.

La présentation des chefs d’œuvres du musée termine le parcours en apothéose aux multiples merveilles comme ce pendentif en or (Colombie), cette statuette féminine en terre cuite (Mexique) ou encore cette statue de femme en bois pré-Dogon (Mali).

Pendentif anthropomorphe – Colombie, Amérique 1000 – 1500
Or, fonte à la cire perdue, faux filigrane 13x13x4,5cm, 469g


  
                                             Chupicuaro (Mexique)                     Balisto bleu: les Dogons

L’exposition “20 ans” dévoile les collections comme un ensemble vivant. Manière d’ouvrir la réflexion sur un héritage en mouvement, son élaboration et sur ce que doit être son rôle.

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