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Ludovic Carème



Ludovic Carème

Ludovic Carème n’est pas un inconnu, il signe des portraits dans la presse depuis plus de vingt ans. De Libération à l’Express, en passant par Elle ou Télérama. Mais c’est un tout autre portrait qu’il nous rapporte du Brésil, où il a passé plus de dix ans. Dix années à arpenter une petite favela de Sao Paulo, Agua Branca, avant de s’enfoncer dans la forêt amazonienne à la rencontre de ses habitants. Ce portrait tout en nuance de gris, cadré carré et titré Brésils, est exposé à la Friche la Belle de Mai, à Marseille, jusqu’au 29 septembre.

Les photographies du Brésil de Ludovic Carème sont douces, calmes, subtiles, pleines d’humanité et d’empathie, elles ne prétendent pas à une vérité définitive, mais traduisent plutôt le sentiment de rencontres heureuses. 

Des rencontres avec les habitants d’une favela croisés au petit matin sur la route du travail, sur un trottoir défoncé, l’air déjà fatigué, avec des vêtements d’un autre âge. Des portraits en pied, centrés au cœur de l’image, loin de tout artifice dans la lumière grise et dure du matin. Des images d’une profonde dignité. D’autres portraits des habitants d’cou de la forêt amazonienne sont, eux, pris de plus près.

Ses portraits des sans-papiers maliens en grève de la faim de l’église Saint-Bernard, des actions d’Act-Up ou encore des esclaves haïtiens des plantations de cannes à sucre en République Dominicaine lui ont taillé un nom dans la presse. Depuis le mitan des années 1990, le photographe Ludovic Carème redonne humanité et visage aux individus pris en étau entre les conflits politiques et les ravages du néolibéralisme.


Ludovic Carème a exploré une favela condamnée à la destruction par la spéculation immobilière et s’est confronté au quotidien de ses habitants en sursis sur une période de plus de 2 ans.
Ce travail l’a incité à s’enfoncer plus profondément dans la faille qui sépare la classe dominante et ses victimes. Puis il a remonté les courants jusqu’à la région de l’Acre à la rencontre des seringueiros, les récolteurs de caoutchouc. Ces descendants de paysans miséreux du Nordeste, envoyés par les autorités vers la forêt amazonienne pour reprendre la production de caoutchouc au début de la seconde guerre mondiale, se sont souvent mélangés avec les populations Kaxinawas, Asháninkas, Jaminawas et ont aussi été exploités et décimés. Aujourd’hui quelques tribus vivent encore en harmonie avec la forêt grignotée par ces descendants des soldats du caoutchouc, manipulés par la puissance de l’industrie agro‐alimentaire.


Sous le commissariat de Christian Caujolle, critique d'art et co-fondateur de l'agence et de la galerie VU, l'exposition Brésils rassemble le résultat de dix années d'immersions. Et ce faisant décline la profondeur de champ de la modernité sauvage qui secoue plus que jamais les entrailles du pays.

Hévéa (sève produit du caoutchouc)
Installé au Brésil pendant dix ans, Ludovic Carème y a documenté au cœur des forêts de l'Etat de l'Acre la vie des seringueiros, ces «saigneurs d'hévéa» qui en récoltent la sève pour produire du caoutchouc.
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